La dernière scéance

La dernière scéance


Tout s'arrête bien un jour... les pages se tournent et le temps passe, entrainant avec lui les douleurs et les peurs.

# Posté le dimanche 12 mars 2006 18:57

Modifié le dimanche 12 avril 2009 07:07

.¤°La vie°¤.

.¤°La vie°¤.
||||La vie c'est vomme une boite de chocolats... |||| mdr dixit forrest gump.
Bref, petit poeme sur la vie o fil de l'eau[tre]



La vi
e seul ne sert à rien
M
ais sans les autres ne pense-t-on parfois
Qu
e la vie serait pleine de joies
Au
lieu d'être cris et chagrins

Vou
s avec qui j'ai parfois été dur
o
u qui m'avez blessé sans le vouloir
je v
oulais que vous soyez bien sur
d'
être dans mon coeur ce soir

La vi
e sans l'autre ne sert à rien
car
tout en nous n'est qu'amour
Mais on ne le ressent pas tous les jours
surt
out quand personne ne nous tient la main

To
i qui a un jour partagé ma vie
je
t'ai offert un morceau de moi
j'es
père qu'il t'aura réjoui
et
que tu le gardes encore en toi

L
a vie sans famille ne sert à rien
mais la colère nous prend souvent
avant de réfléchir calmement
et d
e se trouver vraiment crétin

Vous
qui depuis ma naissance me supportez
s
achez que je vous aime en retour
q
ue ces quelques mots vous restent gravés
et p
artent avec vous un jour

Pe
rsonne ne sera jamais éternel
mai
s les traces que nous laissons autour de nous
reste
nt à jamais gravés dans ces consciences
qui p
arfois aussi volent vers le ciel.


Texte : Me versus Myself (moi et mon Moi)

# Posté le dimanche 26 mars 2006 15:37

Modifié le lundi 24 novembre 2008 18:48

When books will be dead

When books will be dead

J'aime ce contact sen
suel lorsque je laisse mon doigt glisser sur les reliures de cuir. Quelques grammes de poussière s'envolent dans la lumière feutrée de l'allée. Tandis que mes narines s'enivrent de cette odeur caractéristique de papier et d'encre, mes yeux se ferment comme pour mieux laisser mes autres sens profiter de ce plaisir. La lumière faiblit, jusqu'à s'éteindre totalement. Sous mon doigt se dessinent des montagnes, des vallées, des collines dont les profondeurs sont autant de lignes de mots. Enivré par toutes ses sensations, je me laisse bercer par le frottement léger de mes doigts, ponctué de quelques pas feutrés tandis que je progresse doucement dans l'allée. J'imagine les mots dans leur intimité, s'étonnant de se voir l'un à côté de l'autre. [Comment] discutant avec [cela] qui le suit, ou encore [je] demandant à [t'] de dire à [aime] qu'il aimerait s'en rapprocher pour se contracter. Bien évidemment [t'] refuse tout net étant donné le sort qui lui est promis en cas de contraction. Les mots refusent l'oubli, et pourtant ils ne passent que bien peu de temps au grand jour. Je les imagine alors en train de se préparer, des fourmis plein les virgules, écoutant les pages se tourner et la lumière se rapprocher. Puis disparaître. Désolé, ça ne sera pas pour aujourd'hui ! Puis le moment enfin venu, ne tenant plus de cette attente interminable, ils bondissent hors du livre et me sautent à la figure. J'ouvre alors un livre au hasard sans ouvrir mes yeux, afin d'en libérer quelques mots, quelques phrases, leur ouvrir les portes tout en m'enivrant d'autant plus de ses odeurs qui me viennent au visage.
Tous les mots ne s
ont bien évidemment pas égaux, il vaut mieux être [Je] dans un best seller autobiographique qu'un [idoine] dans un livre à l'eau de rose oublié des lecteurs, et remisé dans des rayonnages reculés d'une bibliothèque.
Ma
is c'est alors qu'un choc violent à la tête me sort de mon imaginaire fertile et mes yeux s'ouvrent sur une charmante demoiselle dont les yeux semblent tout aussi étonnés que les miens de cette violente rencontre.
Passé la surprise
mutuelle, mes yeux s'attardent sur son visage. Il est long et plutôt pâle, rehaussé par de grands yeux verts et des cheveux noirs tombant sur ses épaules. Lorsque mes yeux se détachent de leur contemplation je réalise qu'elle tient dans sa main l'un de mes livres préférés : « métaphysique des tubes » d'Amélie Nothomb. Le seul fait qu'elle aime cet auteur la rend irrésistiblement craquante.
Il faut
croire qu'elle apprécie les romans de Michel Picouly car elle engage immédiatement la conversation sur cet auteur après avoir remarqué que je tiens « le champ de personne » dans les mains (c'est donc lui dont j'ai libéré les mots tout à l'heure).
Quelque
s minutes plus tard nous voici dans la rangée suivante à énumérer les livres que nous aimons à voix haute, tantôt en racontant un moment frappant, tantôt en en faisant un bref résumé. L'idée de lui parler de tous ces mots emprisonnés ne m'avait alors pas traversé l'esprit, mais la symbiose est tellement forte que ma bouche prend la liberté d'en parler seule, comme si ces mots emprisonnés se vengeaient de moi.
Elle m'a
d'abord considéré gravement, un peu incrédule, ne sachant s'il fallait rire ou pleurer, comme si je lui annonçais que j'avais malheureusement écrasé son chat en essayant d'éviter une mouette suicidaire qui fonçait droit sur mon vélo.
Pui
s elle s'est rangée à mon délire enivré et nous voila partis dans une transe libératrice, faisant voler les mots autour de nous, tout en riant à voix basse. Nous tournons, tournons, les odeurs s'emmêlent, son parfum, les livres, la moquette lorsque je m'écroule de délire bientôt rejoint par cette douce créature de rêve, tandis que les mots s'envolent dans les allées, sautant au visage des gens qui se promènent nonchalamment.
Le luxe
de prendre le temps de vivre ne m'avait jamais autant frappé. Je croule sous le bonheur, le bien être, la vie, les mots qui virevoltent, ses cheveux noirs contre ma joue, je me sens m'envoler, je tourne au milieu des mots, mes yeux se brouillent, les détails s'effacent, les odeurs disparaissent, ma rencontre fortuite s'évanouit dans des vapeurs sulfureuses...

Il est
9h30 lorsque le vent entrant par la fenêtre entrouverte me caresse le visage tandis que j'ouvre un ½il sur ma « Personal Draft », écran multi fonctions offrant un accès illimité à tous les contenus. J'ai la bouche légèrement pâteuse et le cerveau embrumé. Je me retourne délicatement pour entrevoir ma chère et tendre qui n'est pas encore réveillée. Je me glisse le long de son dos et passe un bras contre son ventre pour m'inonder le corps de sa douce chaleur. Mon souffle dans son cou fait voler quelques uns de ses cheveux noirs. Par la fenêtre j'aperçois le cornichon, « the famous » tour de verre de Londres. Je me lève pour aller contempler le paysage urbain à perte de vue, je me défenestre dans cette ville que je surplombe du haut du 15ème étage.
Je me tourn
e ensuite vers l'écran du « Home-Assistant », pour lire la liste des choses à faire en ce 21/02/2034. Une longue journée en perspective vu que cela ne tient pas sur une seule page. Je décide d'aller parcourir les allées virtuelles de la bibliothèque en ligne. Je parcours les rayons sans sentir la moindre odeur, sans sentir la moindre reliure sous les doigts. Les livres ont bel et bien disparu, ce n'était bien qu'un rêve...

# Posté le lundi 10 avril 2006 06:22

Modifié le lundi 24 novembre 2008 18:51

[...] ils trottent [...] ils courent [...] ils galopent [...]

J'ai comme des ptits bouts de moi qui me trottent dans la tête. Plein de mots, à la queue leu leu qui attendent pour traverser sagement mon esprit. Et au moment de se lancer y'en a un derrre qui pousse violemment et ils se jettent tous en avant, se rattrappant les uns aux autres dans une fuite effrénée... Je leur cours après, ils ne vont que plus vite... Pourtant je les voit, de dos, de loin, dans le brouillard, dans la nuit... Je vois aussi ces idées, voiture, sourire, nuit et brouillard justement. Mais je n'ai pas de filet, et les poissons sont agiles... Et ces mots me fuient alors qu'il y a encore quelques secondes ils m'appartenaient.
Je reste seul, planté sur mon cul (qu'elle est belle cette expression, malgré le gros mot elle n'est pas vulgaire, et elle exprime délicatement la violence de l'abandon..; bref du beau français) planté sur mon cul à ruminer mes envies, mes amours, mes emmerdes.

...Mes envies...
Envie de manger, mais le frigo est tabou ce soir, mon estomac refuse d'absorber.
Envie d'écrire, mais les mots me fuient.
Envie de faire un calin, mais il est tard et je suis seul.
Envie de sentir l'affection m'envelopper de son parfum délicat, m'enrouler dedans comme une chenille dans son cocon, pour n'en ressortir qu'une fois papillon : beau, grand, fort, capable d'affronter la vie. J'ai peur...

...Mes amours...
J'aime la vie.
J'aime les gens.
J'aime le sourire de ces gens que je connais {ou pas} et qui me témoignent leur présence à mes cotés.
J'aime le soleil dont le retour me rend à la fois ivre de joie et encore plus pressé que l'année se termine.
J'aime m'asseoir dans l'herbe par une belle nuit d'été, sentir la rosée me mouiller le cul et lever les yeux au ciel pour contempler ces étoiles qui brillent depuis des milliers d'années en essayant de deviner celles qui sont dé mortes, puis sentir ta main se serrer dans la mienne au passage d'une étoile filante; fais un voeu mon coeur.


...Mes emmerdes...
Difficile d'en parler directement tout en gardant mon mystérieux anonymat mais elles sont là, nombreuses et tortueuses (dans le sens complexe comme dans le sens torture)

La vie est une contradiction fondamentale dont le carré de l'hypoténuse n'est pas égal à la réciproque de thalès par les angles au centre.
Je m'explique :
On vit pour mourir.
On se lève pour se coucher.
On mange pour ... (ca serait bien sale ici).
On aime pour quitter.
On adore pour perdre.
On tombe pour se rattraper.
On boit pour oublier puis on oublie qu'on boit.
On se soigne pour tomber malade.
On reve pour réaliser.
On apprend pour oublier.
On ouvre les yeux pour voir, avant de les fermer pour revoir.

Le {j'aime}

J'aime m'asseoir au bord de l'eau, l'écouter se prélasser le long de la berge en me murmurant des choses douces, apaisantes, sentir le vent la caresser de tout son amour, puis l'eau se hérisser de mille vaguelettes comme une chair de poule géante en un frisson extraordinaire.

Le {je pense}
Si tous ceux qui croient avoir raison n'avaient pas tort, la vérité ne serait pas loin. [[Pierre Dac]]

Le {j'écoute}
J'écoute KT Tunstall || Suddenly I See

Le {demain}
Demain est un jour plein d'inconnu dont l'avenir dépend

Le {mot}
Mot : hypocondriaque

Le {conclusion}
Bonne nuit les petits | Bonne nuit pimprenelle | Bonne nuit nounours | Faites de beaux rêves
[...] ils trottent [...] ils courent [...] ils galopent [...]

# Posté le mardi 18 avril 2006 18:45

Modifié le lundi 24 novembre 2008 18:50

A sad Day

A sad Day
Désolé si c'est pas un texte rigolo mais j'avais besoin dcrire sur le sujet. Peût être pour évacuer certains souvenirs de gosse. Souvenirs de paysage qui tourne, de silence, de maman qui dit que notre heure est venue. Ca m'a soulagé toujours. J'espère que c'est ni trop gore ni trop chiant. Bonne nuit

Le paysage défile sous mes yeux à demi clos. La vitre est froide contre ma joue, et mon front la tape à chaque bosse un peu plus grosse. Je ne saurais pas dire si c'est ça ou la radio qui m'empêche de dormir mais toujours est-il que je n'ai pas fermé l'½il depuis le début du voyage. Un coup d'½il en coin à la montre du tableau de bord : déjà 4h que nous roulons. J'ai pourtant l'impression que le paysage est toujours le même. Les mêmes arbres, les mêmes panneaux, les mêmes villages, les mêmes gens qui sortent de la boulangerie avec les mêmes baguettes dans les mains. Une impression de déjà vue permanente. Il nous arrive parfois de doubler une voiture ou même un camion, ce qui me change des poteaux électriques et du fossé, mais cela ne rend pas le voyage plus intéressant. Je n'aime pas la voiture. C'est bruyant, polluant, ça coûte cher et c'est toujours impossible de se garer où on veut, quand on ne se prend pas un PV pour une raison plus ou moins viable.
Je revois encore Sally me convaincre de l'accompagner. C'était il y a deux jours (Sally fait toujours tout à la dernière minute). Elle a déboulé comme une furie dans le salon, un téléphone dans une main une brosse à dents dans l'autre, m'a fixée de ses grands yeux noisette légèrement bridés et m'a lancé un « dis, Johanna nous invite passer trois jours en Espagne chez sa grand-mère, ça te dit ? ». Mon absence de réponse n'ayant guère l'air de lui plaire elle insista gentiment, puis lourdement. Prétextant que j'étais blanche, qu'il me fallait du soleil, sortir un peu de mes cahiers ou selon elle je passe ma vie, voir des gens, l'Espagne, la grand-mère de Johanna (genre...) ou encore la méditerranée. Est-ce ce dernier argument ou ses yeux qui m'ont décidée, je ne le sais pas vraiment. En tout cas je suis ici, dans sa vieille Fiesta qui vibre dès qu'on dépasse les 80 et qui consommera bientôt plus d'huile que d'essence.
Le chauffage s'est enfin stabilisé (cela fait maintenant presque 5h qu'on roule, j'ai bien dû m'endormir quelques minutes finalement), ce qui va éviter à Sally de périlleuses contorsions pour mettre ou enlever son manteau, son pull et son écharpe. Pourquoi je t'ai dis oui ma belle ? Tes yeux sont des criminels, tu le sais ? Oh oui tu le sais, tu sais bien ce qu'ils me font quand tu me fixes. J'ai l'impression que tu me transperces de part en part, que tu viens lire mon c½ur, mes pensées, ausculter mon estomac. Tiens d'ailleurs j'ai faim. « Sally, on s'arrête manger dès qu'on trouve un pti coin sympa ? ». « Pas de souci, on attend un peu d'arriver dans les Pyrénées pour profiter du paysage ok ? » Ses yeux me fixent, comme pour me dire que de toute façon elle conduit et donc qu'elle a la main sur le timing. « Ok ça marche ». Et je me replonge dans mes pensées.
Arrivent les premiers lacets, les premiers dénivelés, et surtout le paysage se décide enfin à changer. Finies les longues plaines et les vaches qui finissent par n'être plus qu'une. Enfin la montagne, les vallées, les rochers à fleur de peau, les petits arbres frêles accrochés tant bien que mal, dans un esprit de survie inimitable. J'aime regarder ces petites choses qui se battent pour vivre, et n'en deviennent que plus belles. Des maisons comme suspendues au ciel, des arbres comme sortant d'un rocher, tel un geyser de branches et de feuilles, des cascades comme des torrents de vie et de fraîcheur qui dévalent la pente pour rejoindre la vallée, et la route, nous, petites choses dans une boite de conserve au milieu de cet immensité verte et noire. Le voyage commence à me plaire. Sally elle commence à le détester. Elle peste contre « l'abruti » qui ne sait pas construire une route, cette « merde de bagnole qui veut pas avancer » et autres petites choses. J'essaie de trouver son regard pour y poser le mien, tel une colombe sur le pont d'un porte-avion, une mouette sur un phare au milieu d'une mer déchaînée, afin de la calmer un peu comme je sais si bien le faire. Mais les yeux rivés sur les virages qui s'enchaînent Sally ne me regarde pas. Un viaduc se profile à l'horizon. Une merveille de construction, toute en arches, briques et autres pierres de construction antiques. J'ai toujours été fascinée par ces prodiges qui arrivaient à faire tenir debout des ouvrages qui survivent encore aux assauts du temps qui passent, tout en étant beaux, et sans le moindre ordinateur ou calculatrice sous la main. J'imagine aussi le travail de ces centaines d'hommes ne connaissant ni le SMIC ni les 35h qui ont patiemment monté ce pont pierre après pierre, depuis la vallée. Il devrait y avoir une plaque en leur mémoire sur chaque pont, au lieu du nom de la rivière dont tout le monde se moque éperdument. Enfin cesse de refaire le monde ma petite Morgane et concentre toi sur le paysage si tu ne veux pas ranger le peu du petit déjeuner que tu n'as pas encore digéré dans la boite à gants. Sally parle toute seule, comme cela lui arrive souvent quand elle est énervée. Je n'ai qu'à me faire toute petite sinon elle va encore me prendre à parti. « Hein Morga ? » « Oui Oui Sall je suis complètement d'accord avec toi. » (Mais de quoi elle parle...).

Et puis au sortir du dernier virage avant le pont, j'aperçois le camion qui descend la route un peu vite à mon goût. Je vois le pont qui se rapproche. Je regarde Sally qui continue de s'énerver toute seule, le regard vide, qui ne voit pas le camion nous foncer droit dessus. J'ai peur, je vais vomir, je vois une masse blanche qui se rapproche, je vois le parapet du pont, je hurle, j'entends Sally dire « oh merde Morga, oh merde » d'une voix fantomatique, j'entends un grand bruit puis le silence. Je vois le ciel, un oiseau, je sens l'air frais de la montagne qui m'arrive dans le cou, sûrement par l'arrière de la voiture où le camion a tapé. Le ciel disparaît et laisse place aux rocher et à la rivière dont, comme si c'était le moment de penser à ça, je réalise que je n'ai pas lu le nom en arrivant au pont. Ce mouvement vers le bas s'accélère et je commence à repenser à maman. Son dernier coup de fil, son bisou habituel. Son parfum. Mon chat, ma s½ur, mon papa, mon oncle rené qui me fait faire l'avion. Beaucoup d'autres images défilent mais je n'ai pas le temps de toutes les saisir. Le silence est horrible. Le temps semble arrêté, comme si la vie nous laissait profiter de quelques secondes supplémentaires avant la fin. Maman je t'aime, Sally pardonne moi. Je l'entends me dire « je t'aime morga je t'aime » puis un grand bruit précède le noir.

Quand j'ouvre les yeux, la première chose qui me frappe est ce bruit. Ce bruit qui m'est familier mais dont je n'ai pas le sens en tête. La lumière m'aveugle, je ne vois qu'une lumière blanche et forte. Sally, ou est Sally. Les images de la chute me reviennent en tête, laquelle fait un mouvement de recul violent et heurte une masse froide qui me sonne de nouveau.

Quand j'ouvre les yeux pour la seconde fois la lumière a baissé. J'ai faim. Je n'arrive plus à bouger la tête, et mon champ de vision est bloqué dans une unique direction. Je vois une branche à ma gauche, un morceau de tôle jaunâtre en haut et un rocher à droite. Je suis vivante. Sally, Sally... « Sally ? » J'ai la sensation de ravaler mes mots quand je parle. Surtout ouvrir ma bouche me fait horriblement mal aux tempes et j'ai un liquide chaud qui coule le long de mes lèvres. Peut être que je saigne. (Ben oui ma cocotte qu'est ce que tu crois que tu prend une douche ?) Oh la voix du tréfonds ce n'est pas le moment.
Sally n'a pas répondu, elle n'est pas dans mon champ de vision. Je bouge un doigt. Il est à une position assez inhabituelle, puisque je le sens qui me touche la colonne vertébrale entre les deux omoplates. Je n'ai pas mal. Les pensées s'organisent petit à petit. J'ai toujours la berceuse de maman dans la tête, je réalise qu'elle a commencé pendant la chute. « Dors mon bébé dors, maman veille sur toi. Dors mon bébé dors, maman sera toujours là ». Maman pourquoi tu n'es pas là, tu avais promis ! J'entends un craquement derrière moi, hors champ. Je pousse un gémissement en essayant de ramener mon doigt à un emplacement plus convenable. C'est mon épaule qui ne veut pas bouger et qui me tire horriblement. Soudain un second craquement horrible me fait basculer vers la gauche et je me sens mourir. Simple illusion. En ouvrant les yeux j'aperçois la tête et un bras de Sally et je n'ai pas le temps de le sentir monter mon petit déjeuner ressort intégralement de mon estomac. (Qui a dit qu'on digérait en trois heures ? ) La gravité permet à Sally d'échapper à mon reflux gastrique, mais à mon avis vu son état elle s'en moque éperdument. Elle a les yeux fermés, le nez et le front rouges, le côté de la joue n'est qu'un mélange de cheveux et de chairs. Sa belle chevelure châtain que je lui envie tant. Que je lui enviais ? Non Sally, tu ne peux pas. Tu ne m'a pas amenée là pour ne pas finir le voyage. Je réalise alors que le bruit inconnu de tout à l'heure est celui de la rivière, et mon nouveau champ de vision me permet d'imaginer que Sally baigne dans l'eau glacée du printemps. « Sally, Sally tu m'entends ? ». Pas de réponse, malgré une voix plus forte que tout à l'heure. Je sens un déchirement le long de mes côtes, comme une lacération. Ma ceinture. Il faut que je l'enlève, j'ai du mal à respirer. Mon doigt me caresse toujours l'omoplate, mais mon second bras semble plus libre. J'arrive à atteindre le bouton mais j'ai beau appuyer dessus je reste accrochée. Je commence à cogiter en regardant Sally baigner dans une flaque de plus en plus grande. Les pompiers ont du être appelés par le camion ou quelqu'un qui passait par là et qui aura vu la voiture en contrebas. Je me surprend à réfléchir calmement alors que Sally est peut être morte, ou sur le point, sous mes yeux. Je m'agite, j'appuie sur le bouton de la ceinture, une fois, deux fois, dix fois... Et je tombe rejoignant Sally sur l'herbe. Mon épaule n'a pas apprécié le petit voyage vers le sol, mon doigt caresse mon omoplate un peu plus haut et la douleur est horrible. Je m'évanouis, le noir.

Quand j'ouvre les yeux j'entend des voix autour de la voiture, des bruits également. J'essaie de parler, d'émettre un quelconque son. Rien. Ma bouche refuse de s'ouvrir. Ma tête est en fait en face à face avec Sally, alors que mes jambes sont restées prisonnières de la ceinture. La tête me tourne. Sally ouvre un ½il. Puis le referme. Hallucination ? Je ne peux pas parler. Je tourne légèrement la tête et vois que Sally a encore agrandit sa flaque de sang. Puis j'en aperçois une seconde juste en dessous de mon aine. Et merde moi aussi je me vide. La tête en bas comme une vulgaire vache à l'abattoir. J'ai envie de crier, de me débattre, mais je n'ai plus la moindre force. Les voix se rapprochent. On m'attrape la main, on m'appelle. J'entrouvre un ½il et voit Sally pour la dernière fois.

J'entends une dernière voix alors qu'on me frappe le torse. « Le chauffeur s'est endormi mais il n'a rien. Par contre la conductrice est morte et celle là à mon avis c'est mal parti... » Puis le noir.
Je t'aime Sally.

# Posté le jeudi 20 avril 2006 16:44

Modifié le lundi 24 novembre 2008 18:50